Le Pendu – L'Inaction Transformative et la Renonciation

Le Pendu – L'Inaction Transformative et la Renonciation
Le Pendu, en tant que deuxième carte du second cycle des arcanes majeures (X à XX), fait écho à la Papesse (II) dans le premier cycle. Tandis que la Papesse incarne une introspection plus calme, une méditation silencieuse, le Pendu va encore plus loin dans la passivité et le détachement. Son état, suspendu à l’envers, symbolise un moment où toute action est suspendue, où le sujet se trouve dans une situation de blocage total, un temps d’attente où rien ne semble se produire.
Dans sa posture, le Pendu incarne une profonde méditation, presque une gestation spirituelle. Il est comparé à un bébé prêt à naître, mais encore retenu par le cordon ombilical, une image qui suggère que le processus de transformation est en cours, qu’il ne peut être interrompu, mais qu’il n’est pas encore arrivé à son terme. C’est un moment de transition, souvent vécu comme frustrant et stagnant. La personne qui traverse cette étape se trouve dans une situation où tout semble bloqué, où aucune action concrète ne peut être entreprise, et où même l’envie d’agir semble absente.
Ce sentiment d’impuissance et de frustration peut être lourd à porter, d’autant plus que l’on attend souvent des changements ou des résultats. Nous avons souvent appelé ce changement, espéré qu’il vienne, mais lorsqu’il arrive, il ne se manifeste pas comme nous l’avions prévu. Rien ne se passe, ou du moins, rien de tangible ne se produit. Cependant, ce moment d’attente est loin d’être une simple inactivité. C’est un travail intérieur, un processus subtil et profond qui se déroule en dehors de notre contrôle conscient.
Le Pendu nous apprend à laisser aller, à renoncer à notre besoin de contrôle et à accepter la paresse active qui accompagne l’involution nécessaire. Comme l’exprime Alexandro Jodorowsky, le Pendu se défait de tout ce qu’il croit être, renonçant au « moi » et à toutes ses attaches. Il rentre dans un état de détachement total, où il ne possède rien, ne veut rien, et surtout ne cherche rien. Il devient comme le ciel infini, qui laisse simplement passer les nuages sans se laisser affecter par eux.
Ce n’est qu’à travers cette renonciation et cette acceptation du non-agir que le processus de transformation pourra s’accomplir. C’est lâcher prise sur nos attentes et notre volonté, accepter l’incertitude du moment, et faire confiance au temps naturel qui œuvre en nous. Le Pendu, loin d’être une simple phase d’inaction, est un moment de purification intérieure, où nous nous débarrassons des éléments superflus pour permettre la naissance d’une nouvelle version de nous-mêmes.
Ainsi, Le Pendu nous invite à accepter que la transformation prend du temps, qu’il est essentiel de laisser faire les choses, même lorsque cela nous semble difficile ou frustrant. Parfois, ne rien faire est le plus grand des travaux, car c’est dans cette inaction que la véritable mutation intérieure prend forme.